Thérèse, fille de la Charité

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Nous avons déjà parlé de ces cornettes, présentes à Bacalan durant 130 ans, aux côtés d’une population qui bien souvent trouvait chez elles réconfort et assistance. Dans les années d’avant-guerre et un peu après, elles étaient quatre sœurs, Marie Galtier, la Supérieure, Marthe la cuisinière, Françoise la couturière et Thérèse l’infirmière, connue et reconnue par sa petite voiture à pédale qui sillonnait le quartier en tous sens pour délivrer soins et piqûres et reconnaissable à un système pileux surabondant qu’elle combattait en se rasant quotidiennement. Cette dernière décéda en août 1947 et sa popularité était telle que ses obsèques réunirent plusieurs centaines de personnes que nous voyons ici stationner rue Achard devant « la maison des sœurs ».
Derrière le corbillard, on devine un porche après lequel un préau abritait la cuisine équipée d’une énorme cuisinière que Marthe allumait chaque matin pour préparer la soupe distribuée aux nécessiteux. Au-delà encore, un grand lavoir accueillait une fois l’an le lavage des cornettes dont les sœurs changeaient une fois par mois (12 coiffes par sœur). À droite du porche, on trouve l’entrée par laquelle on accédait au dispensaire; la fenêtre suivante correspond à la salle-à-manger des sœurs derrière laquelle se trouvait leur cuisine. L’échoppe surélevée qui suit contenait la chapelle (première fenêtre) avec, derrière, leur unique chambre pourvue de quatre lits isolés par un rideau coulissant sur des tringles. La seconde fenêtre correspondait à la chambre des visiteurs éventuels. Après la maison à un étage se trouvait le commissariat puis la rue de New-York et, de l’autre côté, faisant l’angle, l’épicerie Mocho. Le curé de l’époque (premier à gauche sur la photo ci-dessous) s’appelait M. Commanet.
Celle qui nous a raconté cela dans le cadre des Ateliers de la Mémoire Bacalanaise s’appelle Marthe Noverraz, plus connue ici sous le nom de Toutou Patoizeau, élevée par sa grand-mère Marthe Douat, d’abord mariée à M. Eynemard qui était tailleur pour dames au « Magot » à la Grosse Cloche et ne pouvait résister aux assauts féminins dont il était l’objet. Partie à Bacalan avec son fils Jean après avoir divorcé, Marthe épousa en secondes noces Edgar Patoizeau, gardien de nuit aux aciéries de Longwy et artiste-peintre de talent auquel fut confié l’exécution des doigts d’ange du plafond du Grand-Théâtre. Après moulte péripéties que nous aurons l’occasion de raconter, Marthe quitta le quartier en 1943.
(Photos Marthe Noverraz)

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