Des murs et des ponts

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un endroit à re-découvrir: le parc du Petit Goave" rue du Dr Schinazy....Bacalan

Elliott se presse à l’angle de la rue des Pelourdes.
Elliott le chien est moins célèbre que Marcel le ragondin. Cela ne l’empêche pas de clignoter de l’oreille droite avant de tourner rue de Gaulne et de lever la patte rituellement contre la haie. Aujourd’hui il se ravise et continue sa promenade.
Les mâles à deux ou quatre pattes comprendront : à l’emplacement de la haie, il y a un mur et surtout son crépi agressif. Et le crépi ça gratte et ça pique.
–  Un mur ! « Ils » deviennent fou, grogne Elliott, « ils » construisent des murs alors que l’on manque de ponts !
– Tu ne vois pas plus loin que le bout de ta …truffe, tu ne penses qu’à ton confort….
– Ouah, ouah !!! Coupe-t-il en VO.
Je traduis pour ceux qui ne parlent pas le Elliott courant :
– Il a fallu attendre la passerelle de Mr Eiffel pour que le train traverse la Garonne. Avant, c’était la gare d’Orléans qui servait de terminus-tout-le-monde-descend ! De plus je t’obéis, je te signale : tu m’as interdit de lever la patte contre les murs !
–  » Les murs ça protège.
– Ça dissimule surtout, si tu veux mon avis ça sent la fraude fiscale
– T’exagère…
– Sans doute ! J’aime pas les murs. Avec quatre murs et la petite bête (du profit) qui monte, qui monte, tu fais des tours.
– T’es pas content ? Du monde, des nouveaux commerces, des écoles…..tu préfères des squats, des déserts, des friches…Et les nouvelles sentes, c’est pas bucolique peut-être ?
– Tu parles ! Tu te crois encore sur le GR 70. Ici, moins de rues entre les immeubles et encore moins d’avenues, trop larges pour les promoteurs soucieux de rentabilité au M2. Il faut b-é-t-o-n-n-e-r ! Bientôt  » ils  » couleront une dalle sur les bassins à flots. Et des squats, c’est aussi des gens j’t’ signale…..  »
On pourrait s’étonner des facultés humanistes de ce chien. Mon petit doigt me dit qu’il a connu Icare et Dédale, Lev Tarassov et Auguste Destouches, qu’il fut républicain en exil, instituteur » là-bas », manœuvre ici, fille de pharaon dans l’avant et caissière chez Lidl dans l’après (d’où l’expression bien connue : « c’était mieux avant ». Il lui arrive parfois d’entrer dans une logique hyperbolique de murs, de miradors et de frontières. J’ai une théorie : La chair n’est qu’une enveloppe à l’obsolescence programmée. L’âme peut déménager si elle est bricoleuse. Cependant, seule l’âme des justes est concernée, pour ne pas gâcher.
Derrière les murs il y a peut-être de la richesse….où peut-être de la peur, de l’égoïsme et du repli.
Ce chien râleur contient juste assez de rébellion pour être bacalanais.

Serge PRADOUX

2 COMMENTAIRES

  1. Explication de texte:
    Icare et surtout son père Dédale sont les symboles du labyrinthe, ici celui de la pensée qui s’exprime comme un seul homme: le chien et son meilleur ami (car l’homme est le meilleur ami du chien, ainsi que nul n’en ignore).
    Lev Tassarov, c’est Henri Troyat auteur, entres autres, de la « Lumière des juste » préparant l’allusion à son oeuvre 5 lignes plus bas. (J’ai choisi d’user de son vrai nom afin de rappeler son origine russe/arménienne et rendre hommage à l’émigré qui su devenir académicien français dans une langue qui n’était pas son idiome natal. Si ce n’est pas de l’intégration, ça…..
    Destouches, Louis Ferdinand (et non pas Auguste), on l’aura reconnu, c’est Céline. ( j’ai exhumé son vrai nom pour oublier le Céline de la proximité, fausse ou avérée, de la Lebenskraft

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