Article d’Alain Mangini dans Sud-Ouest du 25 avril 2009

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Le petit Jean-Claude Moreau attend de savoir pédaler, le pied gauche sur une boîte de conserve sur le chemin qui bordait l’arrière des maisons de la rue Arago d’une part et la jalle du Lauzun d’autre part, la cité Maldant, future rue Charles-Martin se trouvant au-delà de ce mince ruisseau qui fit le bonheur des pêcheurs d’anguilles et servit de fossé anti-chars aux Allemands durant l’Occupation.

Le réveil des souvenirs

L’attachement de Didier Periz à Bacalan ne date pas d’aujourd’hui, ni même d’hier. Depuis vingt ans qu’il travaille sur le quartier, les actions entreprises pour réveiller le souvenir ne manquent pas à son actif. Il est à l’origine du journal “Bacalan” qui prépare son vingt-cinquième numéro trimestriel. Dans chaque édition, à travers une photo en sépia ou noir et blanc, le récit d’une petite histoire permet de faire le lien entre le passé très riche d’un quartier “à part et à part entière de Bordeaux” et la vie d’aujourd’hui. Pour mieux se représenter ce pharaonique et passionnant travail de recherche qu’accomplit Didier Periz, il suffit de se connecter sur son blog, “http://bacalanstory.blogs.sudouest.fr/” pour y découvrir, chaque jour ou presque, une nouvelle information sur la vie dans Bacalan à travers les activités ou les personnes. Les derniers articles évoquent le départ des bateaux-morutiers des bassins à flot vers Terre-Neuve, prouvant encore une fois l’absence de lien dans l’origine du nom de Bacalan avec la morue, mais aussi le portrait de Marcelle Garrigou, directrice de l’école Charles Martin jusqu’en 1974. Sans oublier une chronologie bacalanaise fort instructive. L’objectif des éditions Pleine Page est de lancer en octobre prochain le livre “Bacalan story” qui contera l’histoire de Bacalan au XXe siècle par ses habitants aux-mêmes. Une souscription est ouverte pour ce livre de 256 pages jusqu’au 30 juin, afin de contribuer à la publication de cet ouvrage au prix de 20 euros, au lieu de 29 euros à la vente.

L’histoire par les histoires

Ce livre de mémoire et d’archives privées, reconstitue l’histoire par les histoires d’hommes et de femmes qui racontent leur vie, créant ainsi “un récit vivant et vibrant qui donne tout son sens au présent de Bacalan”, selon Didier Periz qui a déjà édité “Histoire du quartier de Bacalan”, Bacalan Beach, Bacalan d’hier et “Une usine à Bacalan au XIXe siècle”. Pour parvenir à collecter ces photos et témoignages, aucun moyen n’a été négligé. Des entretiens individuels aux réunions de travail collectives qui ont réuni entre 10 et 12 personnes, pas toujours les mêmes, durant trois heures. “Ce n’est pas seulement la génération des 70-80 ans et plus qui est intervenue, raconte Didier Periz, mais aussi celle des 50-60 ans qui ont leur pierre à apporter”. Des dizaines de personnes pour des centaines d’heures d’interview permettront de reconstituer l’histoire et de la vie de ce quartier, même s’il faudra compter avec les lacunes inhérentes à tout récit. “On peut difficilement imaginer la vie dans les années 30 à Bacalan, continue Didier Periz. Pas d’électricité, des pompes pour l’eau aux coins des rues. La vie sociale était très importante. Les habitants se connaissaient tous.” Souvent, lors des témoignages, il peut ressentir le regret de la disparition de cette ambiance et de ce lien social après lequel on ne cesse de courir aujourd’hui.

Une véritable mine d’informations

Pour récolter ces récits, l’oral est indispensable. “Ils ont tous une très grande qualité de conteurs”, insiste Didier Periz en citant Rolande Ménard, Josette Tylipski, Pierre Cétois, Raoul Paillé, Toutou Patoiseau, Marcelle Garrigou, Guy Biguereau, Max Winckert et bien d’autres personnages, riches d’une vie bien remplie formant une mine d’informations pour Didier Periz qui est fier de faire revivre leur jeunesse aux bacalanais et surtout “de faire se rencontrer des personnes qui ne se sont pas vues depuis longtemps et susciter leur mémoire”. Lors des réunions de travail s’opére un recoupement d’informations en direct, “une reconstitution du passé, l’historique de la vie quotidienne, sociale et urbaine d’un lieu circonscrit, avec la conscience d’une identité forte.” En attendant la parution de ce livre tant attendu, Didier Periz aura reçu, en plus des histoires bacalanaises, une leçon de philosophie. “Ce travail m’a fait grandir, avoue-t-il, il aura changé ma façon de voir la vie”. Il est convaincu que cette expérience pourrait être profitable à d’autres quartiers de Bordeaux ou à d’autres communes.

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