Récit de vie inattendu de Sigmar Lilin

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Sigmar LILIN photo Catherine Passerain

C’est un bref récit de vie que j’ai tenu à vous raconter. A Bacalan, Sigmar Lilin,  trouve sérénité et tranquillité pour vivre sa retraite avec son épouse. Dans le n°61 du journal, je vous le présentais comme « l’homme aux 8 000 bouteilles ». Ecoutez plutôt :

Son enfance peut s’apparenter à un long cheminement à travers l’Europe de l’Est en guerre, puisque peu après sa naissance en août 1940 en Roumanie (dans une minorité de culture allemande, les  Siebenbürger de Transylvanie), son père Directeur de lycée et officier de l’armée roumaine est obligé, conformément à un accord entre le Reich allemand et le gouvernement roumain, d’endosser l’uniforme allemand. Pour avoir déjà souffert enfant, lors du traité de Versailles, d’une première perte d’identité, cet intellectuel de culture allemande, conscient que sa famille allait souffrir quelle que soit l’issue de la guerre, conseille à son épouse d’emporter le minimum de bagages et de le suivre avec comme but déjà avoué de s’installer en France, pays de Voltaire et de la liberté d’expression.

Leur migration les amène à traverser la Tchécoslovaquie, la Pologne pendant les mois de l’hiver 1944 où la température descend à 20 degrés sous zéro… en plus du froid, ils souffrent de la faim. A Dresde, en Allemagne, le 13 février 1945, les réfugiés sont déjà si nombreux qu’ils s’éloignent du centre ville. Hébergés sur les hauteurs de la ville, ils la regarderont brûler toute la nuit….Après plusieurs séjours dans des camps surpeuplés de réfugiés en Allemagne, alors que règne une misère noire, les bouches supplémentaires sont mal accueillies. Les soldats allemands fuient devant les alliés et jettent leurs armes dans les fossés. Le petit Sigmar, déjà curieux trouve une grenade et la dégoupille, les pauvres habitants du village qui avaient su préserver leurs vitres, les virent se briser, les Américains crurent à un attentat, en réalité un petit enfant de 6 ans gisait au milieu d’une mare de sang, les tympans éclatés, les membres brisés mais vivant. Opéré dans un hôpital militaire américain, son père partit à vélo à la recherche de plâtre pour consolider les membres de son fils.

La famille enfin réunie, le père ayant rejoint femme et enfants, retrouve son rêve après les horreurs de cette guerre où il a enseigné les mathématiques à Katottowitz, à Berlin, puis a été envoyé en mission comme responsable d’un train en Transnistrie, récupérer dans des conditions épouvantables les civils allemands auxquels il était interdit de fuir devant l’armée rouge pour ne pas donner l’impression que la défaite était inéluctable. (Ce voyage mériterait à lui seul d’être ici raconté).

Arrivé en France, son père se présente dans un premier temps comme volontaire pour sarcler les champs de betterave dans l’Aisne puis recherche un emploi dans une usine chimique. Il le trouvera à Lille. La survie est difficile pour un immigré mais il trouve du travail en tant qu’ouvrier chimiste chez Ugine Kulhmann, lui qui était agrégé de mathématiques. Il finira sa carrière en tant qu’agent technique en 1966 quand viendra l’heure de la retraite.

Sigmar sera naturalisé en 1955 à 14 ans. Il achève ses études  sans problème jusqu’au diplôme d’ingénieur de l’Ecole Centrale de Lille, à 23 ans.

En 1964, sa famille cherche un lieu de vacances naturiste et choisit Montalivet. Depuis, presque tous les étés, Sigmar goûte au soleil aquitain loin du ciel bas de Lille où il a vécu, et il y a 2 ans il a choisi Bordeaux comme point de chute, avec sa femme Evelyne.

L’exemple et la ténacité de son père ont toujours orienté sa propre vie et celle de sa famille vers un mieux vivre. Il a eu 8 frères et soeurs et la vie n’était pas toujours facile. Son père avait choisi Lille en tant que ville universitaire réputée car il pensait que seules les études sont salvatrices. Sigmar Lilin en est un parfait exemple.

 

Propos recueillis par Charles Coudret

Sigmar Lilin / photo Catherine Passerain

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