Pierre Cétois l’âme du quartier Bacalan

2
1638
Place Pierre Cétois photo: Didier Barriere Doleac

Pierre Cétois a passé sa vie à défendre les intérêts de son quartier d’adoption (devenu sien en septembre 1944 après avoir échappé aux bombardements américains) et ceux de ses habitants. Ce qu’il aimait par-dessus tout c’était le lien. Et il s’agissait bien de cela lors de l’inauguration de la place, le 2 mars derrière le Garage Moderne, qui porte son nom : rassembler les anciens et les nouveaux arrivants, les faire se rencontrer.

Il aurait sûrement été content de voir les élus de tout bord, sa famille, ses amis, les résidents se retrouver autour des associations qu’il avait à cœur de défendre et de fédérer. Il s’employait avec beaucoup d’énergie à les faire travailler ensemble pour créer une sorte d’inter-associativité pour le bien de tous. Bacalan est depuis longtemps une terre d’accueil des immigrés, qui a accueilli des Italiens, des Espagnols, des Portugais, des Polonais, des Français du nord fuyant l’avancée allemande en 1939, des rapatriés d’Algérie en 1962. C’est une sorte de creuset de la résistance qui lutte pour conserver les vestiges de son patrimoine maritime et industriel qui a fait son histoire au XXème siècle et dont ses habitants sont si fiers et sont les dignes héritiers.

Pierre Cétois était de ceux-là, un combattant sans relâche. En 1990, il part à la retraite et se lance dans un examen du patrimoine restant et dans les souvenirs des usines qui faisaient vivre alors des milliers d’ouvriers. Il a œuvré avec des Bacalanais mobilisés à protéger les écluses des Bassins à flot que l’arrivée du tramway condamnait. C’était l’activité nautique et portuaire que l’on sacrifiait, autant dire l’âme et la raison d’être historique du quartier. Aidé du comité de défense du quartier, il se penche sur le devenir des installations existantes. Le projet prévoit à l’époque la suppression de ces ouvrages d’art, conçus en leur temps avec une ingénierie mécanique remarquable. L’étude comporte le remblaiement de la passe, la disparition des portes et des ponts tournants et la suppression de l’utilisation définitive des cales sèches. Pierre Cétois mène la bataille et grâce à la forte mobilisation des Bacalanais gagne. Le tramway passe sur les ponts tournants, au-dessus de la grande écluse. Lorsque le pont du Pertuis est détruit à la demande des plaisanciers, Pierre Cétois se bat pour ce dernier pont à culasse existant en France. Malheureusement, il ne pourra pas être sauvé mais a été renconstruit. L’avenir leur a donné raison puisque l’activité navale reprend avec d’importants projets en perspective, grâce à la conservation des deux formes de radoub ou cales sèches classées à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques.

Preuve que son rôle a été essentiel, trois ans après sa mort au lieu de cinq normalement, un lieu public était baptisé pour lui rendre hommage. Et comme le soulignait en juin 2017 Nathalie Delattre, maire adjointe du quartier : « Pierre Cétois est mort en 2014 mais il a été tellement marquant que nous n’avons pas attendu davantage. » Deux autres personnalités Edouard Gamas et Daniel Iffla dit Osiris étaient aussi à l’honneur avec l’inauguration de rues à leur nom. Voici leur parcours dévoilé sur d’instructifs panneaux à découvrir sur la place Pierre Cétois. « Le premier est appelé au cabinet du Ministre de la Marine et arrive à Bordeaux en janvier 1919 pour organiser le pilotage de la Gironde en service d’assistance aux capitaines de navires qui pénètrent dans l’estuaire jusqu’à Bordeaux ou Libourne. Il organise un service modèle de sauvetage en haute mer dans le Golfe de Gascogne. Le 27 novembre 1940, les Allemands suppriment le poste de chef de pilotage de la Gironde. Edouard Gamas alors âgé de 64 ans s’engage dans le réseau de résistance Jade-Amicol. Arrêté le 30 janvier 1943, il est interné au Fort du Hâ à Bordeaux puis déporté au camp de concentration de Flossenbürg. Il s’emploie à sauvegarder le moral de ses compagnons jusqu’à leur libération le 7 mai 1945. » « Le second, Daniel Iffla (dit Osiris) est un homme d’affaires et philanthrope, c’est un financier et mécène issu d’une famille juive marocaine. Entre autres actions, il peut être considéré comme le fondateur des premiers « restaurants du cœur » puisqu’il lègue à la Ville de Bordeaux la somme de 2 millions de francs pour « créer un asile de jour installé sur un bateau où seront reçus des ouvriers âgés et indigents des deux sexes sans distinction de culte » qui fonctionne de 1913 à 1940. » Pour compléter l’exposition permanente, un panneau détaille le passé industriel, social et associatif de Bacalan et un focus est fait sur la fonction initiale du bâtiment qui abrite aujourd’hui le Garage Moderne. Depuis vendredi, les promeneurs, petits et grands, à pied, à vélo, à trottinette s’y attardent et prennent le temps de s’instruire… Le relais semble passé.

Marjorie MICHEL

Un grand merci à l’Amicale Laïque pour l’organisation de l’événement et la mise en place de l’exposition permanente “Bacalan, toute une histoire”  ainsi qu’à Aurélien Benjamin pour ce reportage photo.

Ci-dessous vous trouverez une vidéo de l’inauguration faite par un habitant du quartier Didier Barriere Doléac, puis une autre vidéo proposée par Caroline Pothier de l’Association Contrôle Z,  qui reprend des extraits de différentes apparitions vidéos de Pierre Cétois (extraits de la distribution du journal, d’un reportage de France 3 et de L’Omelette aux cerises). Nous les remercions chaleureusement.

2 COMMENTAIRES

  1. Superbe témoignage sur un bacalanais hors-pair. Un combattant.
    Merci d’abord à lui. A sa famille. Et à tous ceux qui ont participe déjà par leur présence mais aussi texte, photos, vidéos.

  2. Le bel article de Marjorie Michel m’a inspiré d’autres propos.

    Pierre Cétois, l’homme de Bacalan

    « On the sunny side of the street », peut-être étions nous du mauvais côté de la place ce vendredi 2 mars ? les associations qui sont la respiration vitale du quartier n’ont pas eu un très grand succès auprès des visiteurs arrivés par le Garage Moderne. Le Journal Bacalan, qui fête ses 15 ans cette année (le n°60 vient de sortir), tenait un stand ce soir là sur lequel Pierre était présent par ses écrits, ses photos et vidéos. Il était un des membres du comité de rédaction depuis sa création, et quel membre ! créatif, ronchon, rebelle. Si vous avez regardé sa vidéo sur le site où l’on retrouve toute sa gouaille et son franc parlé, il disait «  je distribue le journal qui est la voix du quartier…parce que je le veux bien….et parce que c’est un lien… ».

    « Salut capitaine », « salut matelot », c’est ainsi que nous nous saluions avec respect, avec malice. Peu de temps m’avait été nécessaire pour rencontrer Pierre – 3 jours après notre arrivée à Bacalan très exactement – c’était en 2002. Chez Lacaule, l’ancien boulanger de la place Maran, une de ses haltes favorites, il tenait audience, tel St. Louis sous son chêne (j’exagère sans doute un peu !).

    Pierre respirait Bacalan, Pierre vivait Bacalan, Pierre dorlotait son quartier.« je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître » Il a jeté son sac, ici au coeur de ce quartier, à moins d’un mille des Bassins à flot. Si son périple circumnavigatoire s’est arrêté, il a eu le temps de nous livrer son message. Cette place qui porte son nom sera son havre de paix. Il savait tout Pierre, que d’autres prendraient le relais pour que les nouveaux venus puissent profiter de cet esprit de ralliement généré par le bien vivre à Bacalan.

    Salut Pierre,  » on t’aimait bien tu sais «  !

    Le Charles

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here