Un port en trompe l’oeil

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Profitant des journées du patrimoine, nous avons avec d’autres membres du comité de rédaction visité les ateliers du port, établissement public faut-il le rappeler, grâce à Jacques Lacroix, bénévole passionné. Nous avons découvert des ateliers fonctionnels et parfaitement équipés de machines rutilantes en chaudronnerie, en électricité, en mécanique ou en menuiserie. Nous avons également rencontré des chefs d’ateliers (affublés d’inhabituelles chemises blanches aux plis réguliers fournies pour la circonstance), attachés à leur mission mais inquiets pour l’avenir. 360 salariés pour assurer la totalité de l’activité portuaire depuis Le Verdon jusqu’à Bordeaux, quand ils étaient des milliers à une époque où le port ne s’appelait pas encore : «Grand Port Maritime». Comprenne qui pourra! Pas de recrutements, pas de possibilité de trouver des salariés formés, plus de formation d’apprentis au port, beaucoup d’amertume dans leurs propos. Sur les perspectives, les questions ne tardèrent pas: Il va y avoir la construction d’un nouveau slipway* ? Ce n’est pas exactement cela. En fait le slipway actuel va être réparé pour retrouver sa capacité de levage originelle. Et l’activité « refit » (réfection de yachts de luxe) ? Circonspection de nos hôtes… La question tombait mal ! Quelques jours plus tôt, un de ces fameux yachts (le Pelorus) avait fait escale technique au terminal de Bassens pour des opérations de maintenance effectuées par des entreprises … venues d’Allemagne (probable nouvelle réussite du couple franco-allemand ?). La forme de radoub N°2 sera-t-elle remise en service comme la 1? Les études sont prêtes mais dorment dans les tiroirs. Il faudrait de l’argent et il n’y en pas ! Ce n’est donc pas à l’ordre du jour. M’est revenue l’image du Secrétaire d’état aux transports venu il y a quelques mois manifestement… les poches vides.
Nous avons chaleureusement remercié nos hôtes et j’ai ressenti pour ce qui me concerne comme un mal être et beaucoup d’interrogations après cette visite. Par exemple n’est-il pas nécessaire de développer le transport fluvial comme une des alternatives au transport routier? Davantage que la modernisation des autoroutes, la COP 21 (accord international sur le climat) aurait dû être l’occasion de lancer de grands travaux. Une voie fluviale reliant l’Atlantique à la Méditerranée donnerait forcément une autre dimension au port de Bordeaux et aurait des effets positifs sur l’environnement. Autre sujet : pourquoi les vins de Bordeaux destinés à l’exportation sont acheminés en masse par voie routière vers les ports d’Anvers ou d’Amsterdam? Et d’autres questions encore. Les dirigeants du port misent sur l’augmentation de tonnage de produits céréaliers, mais La Rochelle (qui n’est pas si loin géographiquement) possède un trafic trois fois plus élevé dans ce domaine. La Nouvelle Aquitaine dont le silence est sur le sujet étourdissant, conservera t’elle en son sein plusieurs Grands Ports Maritimes ? Rien n’est moins sûr.

Christian GALATRIE

*mécanisme de levage des bateaux

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